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PRESENTATION DE L'AUTEUR

Le Scolastique Emmanuel MISSIMBU, scj est prêtre du Sacré-Coeur de Jésus.

Il est né à Kinshasa , le 29 septembre 1993.

Après avoir parcouru respectivement la Propédeutique et le postulat (trois ans de philosophie) à kisangani , il fait son noviciat à Butembo (Kiragho I)

Le 12 aoûtt 2016, il fait sa première profession et sera envoyé à la maison provinciale à Kisangani pour son stage.

Immédiatement après, il s'en va au Cameroun pour la Théologie à l'Ecole Théologique Saint Cyprien de Ngoya.

Actuellement le Frère est en deuxième année de Théologie.

ECRITURE OU SYMBOLE : herméneutique de Jean 8, 1-11

A la question-piège des scribes et des pharisiens qui amenèrent une femme prise en flagrant délit d’adultère, Jésus, nous dit l’Ecriture, se baissant et se mit à tracer du doigt des traits sur le sol (Jn 8, 1-6). Une question taraude l’esprit des curieux Biblistes. Ils se demandent très souvent : qu’avait écrit Jésus ? Cette question est pertinente parce que cette péricope de l’Evangile est l’unique épisode de la vie de Jésus où il laisserait un souvenir écrit. Les paroles s’envolent mais les écrits restent, dit-on. Ce serait, en cas d’écriture, un meilleur et authentique souvenir de l’enseignement de Jésus. Voilà pourquoi le titre de cet article sème d’emblée un doute qui nécessite d’opérer un choix. Alors sans tarder, je vais tâcher d’assouvir la soif de celles et ceux qui se posent la question de curiosité énoncée ci-haut.

D’entrée de jeu, nous devons savoir que le texte biblique (Jn 8, 1-11), le témoin scripturaire, est clair et limpide : JESUS N’AVAIT RIEN ECRIT. A la question de savoir ce que Jésus avait écrit étant baissé, la réponse est simple et catégorique : RIEN. Jésus n’écrivait rien, du moins qui nous soit transmis en ce jour. Les versions françaises et Lingala de la Bible sont unanimes quant à la position baissée de Jésus, mais divergentes quant à ce qu’il faisait. Le verset 6b a été interprété comme suit selon Louis Second « …Mais Jésus se baissa et se mit à écrire avec son doigt sur le sol. » Selon la TOB « …Mais Jésus, se baissant, se mit à tracer du doigt des traits sur le sol. Selon Biblia Liloba lya NZAMBE « …Kasi Yésu asunami, abandi kokoma na mosapi o mabelé. » L’aspect très frappant de ce geste auquel nombreux ne font pas attention est la position de Jésus. N’écrivant rien, Jésus s’est baissé devant une femme adultère. Imaginons juste une personne que l’on traite de Maître, dont l’enseignement se place en challenge avec les prescriptions de Moïse dans un contexte du judaïsme d’environ l’an 30 de notre ère et bien sûr cette personne qui se baisse devant une femme adultère. Dans cette époque, la femme était assimilée aux biens à la possession de l’homme. L’on dirait facilement : j’ai 6 champs de Mutshitsha, 2 taureaux, 4 femmes, 3 concessions, 93 moutons et 1 esclave.

L’adultère des femmes méritait ipso facto la mort par lapidation (Jn 8, 5a). La situation sociale de la femme la prive de valeur et le délit d’adultère expie la toute minuscule valeur humaine de cette femme. C’est devant une « telle chose vouée à la destruction imminente » que Jésus se baisse, il faut le préciser, à deux reprises. Ce nombre est très important. J’y reviendrai ! Cette position de Jésus est le propre d’un esclave. C’est l’esclave qui se baisse devant son Maître pour le servir. La personne baissée est ontologiquement diminuée, humainement privée de la dignité, c’est vraiment un esclave. Donc cette position que prend Jésus fait de Lui un esclave au service de la femme adultère. Quel symbole fort d’abaissement !

Cet abaissement est exactement le propre de Jésus : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rend qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes, reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. » (Ph 2, 6-8).

Le double abaissement de Jésus devant la femme accusée d’adultère exprime le double abaissement de la vie de Jésus : sa naissance et sa mort. Le double abaissement devant la femme est à la fois l’acception de la nativité et la préfiguration pascale. Le premier abaissement correspond à « et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. » (Jn 1, 14a). Le verbe s’est fait chair et à enseigner à l’humanité à propos du Royaume de Dieu et de la conversion ; d’où la formule « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre » (Jn 8, 7b). Et le deuxième abaissement correspond à la mort de Jésus sur la croix, sa pire humiliation, mais qui cache le plus grand mystère de la rédemption de l’humanité. Quand Jésus se redresse pour la deuxième fois, la femme était déjà libérée de ses bourreaux ; exactement à la résurrection, l’humanité est libérée de la mort et de toutes ses captivités. Cette rédemption est l’œuvre de l’amour de Jésus et non d’un quelconque mérite humain. Puisque dans le péricope de Jn 8, 1-11, l’unique personne digne de jeter la pierre à la femme adultère était Jésus, mais il ne l’a pas fait. Toutefois, il donne une leçon vitale : va et désormais ne pèche plus. Cette leçon vaut pour tout le monde. Elle a ses prémices dans le principe de lapidation édicté par Jésus à savoir, « n’avoir jamais péché » (Cf. Jn 8,7b).

Si son double abaissement signifie (logos sarx) le verbe s’est fait chair et la mort de Dieu-fait-homme et son double redressement, l’annonce du Royaume et la conversion d’une part et la rédemption d’autre part, alors, Jésus a posé un geste qui résume tout sa vie dans la simple rencontre avec la femme accusée d’adultère. Mais aujourd’hui encore les humains pécheurs continuent à condamner leurs semblables pour les futilités. L’on croirait même qu’ils sont sans péché pour jeter les pierres aux autres. Pourtant nous savons, avec Saint Paul que « tous ont péché, sont privés de la gloire de Dieu, mais sont gratuitement justifiés par la grâce, en vertu de la délivrance accomplie en Jésus Christ » (Rm 3, 23-24). Le chrétien est celui qui donne sa vie ou la risque pour libérer l’autre de la captivité. Le chrétien se configure au Christ quand, ayant vu l’humain condamné de quelque manière que ce soit, il s’investit avec toute son énergie vitale à libérer le captif. Encore faut-il intelligemment établir un distinguo entre libérer et pardonner. Le captif quant à lui, doit ne plus se faire coincer. Ce qui signifie, il ne doit plus reprendre l’erreur qui a occasion sa captivité. Pour l’humanité rachetée dont la captivité a été occasionnée par le péché, comme la femme adultère, elle doit éviter toute occasion de chute car son « adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. » (1P 5, 8b).

Fr. Emmanuel MISSIMBU, scj

 


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Mise à jour le 07 avril 2019